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Invisibles omniprésents, les morts du séisme
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fr
Chapitre d'ouvrage
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Catastrophes et environnement, Catastrophes et environnement. 2014p. 29-58
Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales
Abstract
La mort est toujours un moment de désordre. À Haïti, le déséquilibre de la mort est ordinairement compensé par un système de représentations qui intègre la mort dans le cycle de la vie, et par l'organisation des obsèques ...Read more >
La mort est toujours un moment de désordre. À Haïti, le déséquilibre de la mort est ordinairement compensé par un système de représentations qui intègre la mort dans le cycle de la vie, et par l'organisation des obsèques à l'avance pour que le rythme social ne soit pas trop perturbé par le décès. Mais le drame soudain et massif du tremblement de terre a engendré de grandes perturbations dans tous les aspects de la société… et la gestion multiforme des morts n'a pas permis le rétablissement coutumier ou symbolique de « l'ordre normal des choses ». Or, « le propre du rituel de la mort, c'est d'éloigner le mort du monde des vivants 1 » : dans le contexte du 12 janvier 2010, ces rituels qui mettent à distance le mort-pour mieux l'accepter-n'ont pu être effectués. D'où une faille à jamais ouverte dans la société haïtienne. Le tremblement de terre a provoqué des chaînes de ruptures en un temps restreint : bâtiments écroulés ; écoles, hôpitaux, ministères effondrés ; personnel décédé ; destruction d'entreprises ; déstabilisation de réseaux issus d'efforts menés sur des dizaines d'années ; savoirs disparus-parfois avec les exilés qui sont allés rejoindre la diaspora haïtienne 2. Cet ensemble de précarisations a accentué le désespoir d'une population affaiblie et d'une société difficilement cimentée par un système régalien instable. Malgré le dynamisme intrinsèque à la survie de la société haïtienne, l'impact du séisme a donc eu une ampleur générationnelle. La question de l'avenir proche, personnel, est d'ailleurs un thème récurrent dans les discours des Haïtiens : « Je n'ai plus de travail, ma mère et mon père sont morts, mes frères sont morts, ma maison est détruite : je n'ai plus d'endroit où aller, je loge chez des amis, mais que faire ? Il n'y a pas de travail, rien à offrir à une fille, personne ne voudra de moi, je ne pourrai pas me marier ; je vais rester seul toute ma vie, à rien faire, à attendre ma mort » (récit de Duverger, rencontré devant le Palais national le 30 avril 2010). Combien de morts ?Read less <
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